L’innovation sociale, une chance pour le territoire !

Nous avons maintenant bien compris que nous vivions le basculement de notre société vers un nouveau modèle. Certes, des aspects de ce changement avaient déjà été initiés avant la Covid, par des sociétés et des collectivités, tels que le passage au numérique. Mais le phénomène s’est accéléré tout au long de cette année et nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour comprendre l’étendue de cette remise en question. Et s’il nous reste peu de certitudes, en ces temps d’hésitations, l’une d’elles s’affirme avec le temps : il va falloir considérer les choses avec un regard neuf et une bonne dose d’optimisme !

En cette bonne vieille année 2020 (courage, l’annus horribilis est presque finie !), nous sommes toujours sur un code du travail dont les bases ont été dictées par la révolution industrielle et la naissance des grandes entreprises qui avaient besoin d’une main-d’œuvre fidélisée, liée par contrat, et dont la rémunération était uniformisée selon le type de poste : les salariés. Charbon, textile, métallurgie… Notre région a connu ce qui fait de plus gigantesque en matière de bouleversements, passant d’une terre rurale à un vivier de grandes industries, grandes consommatrices de bras, le plus souvent « confisqués » aux exploitations agricoles.

Aujourd’hui, en ce second confinement, le monde du travail semble muter irrémédiablement ; le télétravail confirme son attrait pour les salariés comme pour les dirigeants, mais commence à brouiller la frontière entre personnel et professionnel et salariat et entreprenariat. Qu’est-ce qui différencie un salarié chez lui d’un indépendant ? La fiche de paie ? La sécurité de l’emploi ? Si nous sommes désormais jaugés à la mission ou au travail effectué et non pas à un nombre d’heures de présence, qu’est-ce qui nous empêche de travailler sur un autre projet, s’il nous reste du temps ? De ne plus être fidèles à l’entreprise ? Ne serions-nous plus liés à notre employeur que par notre contrat de travail ? A l’inverse, le chef d’entreprise ne va-t-il pas se demander s’il n’a pas intérêt à faire travailler des indépendants qui lui coûteront moins cher ? A se séparer de bureaux qu’il n’utilise plus qu’en partie ?

Comme le disait Alberto Manguel dans son livre « De la curiosité » : « les questions rassemblent, les réponses divisent ». Et en cette fin 2020, je crois que notre questionnement sur le « monde d’après » est bien notre plus petit dénominateur commun.

Petit, mais costaud.

Nous nous posons toutes et tous des questions. Sur nous, sur la société qui vient, sur notre avenir, sur celui de nos enfants, notre capacité à rebondir…

Aussi, puisque j’ai fait vœu de « journalisme constructif », « à impact positif », je souhaiterais en cette dernière semaine d’articles de Voie d’Avenir pour 2020 (rendez-vous le jeudi 7 janvier 2021 pour de nouveaux articles, même si je ne resterai pas inactif d’ici-là !) partager avec vous plus qu’une idée ou une intuition. Une conviction.


De ce que je peux voir du territoire du Valenciennois, le pari a été de se créer un nouvel avenir, pas seulement en misant tout sur l’innovation, mais en fédérant toutes les volontés autour de l’accessibilité de ces nouvelles technologies au plus grand nombre.

Un exemple : fer de lance de la mobilité durable et innovante, Transalley propose le Kiosque Mobilités pour favoriser l’insertion professionnelle et l’employabilité des jeunes, en accompagnant leurs besoins de mobilité, jusqu’à l’obtention de leur permis de conduire et même la mise à disposition d’un mode de déplacement (voiture ou engin de mobilité douce). Ce dispositif fait d’ailleurs partie d’« Accroche Active » de Valenciennes Métropole : un programme en 13 actions en faveur de la jeunesse, à travers 3 thématiques répondant aux besoins repérés sur le territoire : lutte contre le décrochage, orientation et lien vers les entreprises, mobilité.

Ce n’est que l’un des visages de l’action sociale sur le territoire, telle qu’elle est portée par Valenciennes Métropole : dépendants des services de la politique de la ville et de la cohésion sociale, nombreux sont les projets qui visent à réduire les inégalités sur Valenciennes et ses 35 communes associées ; ils ont d’ailleurs été formalisés dans un Contrat de Ville. Ce contrat cadre « constitue l’outil au service du Projet Territorial de Cohésion Sociale (PTCS), en permettant le financement de projets portés par des structures locales par plusieurs partenaires signataires du Contrat de Ville. Il a été signé en juin 2015 avec 40 partenaires engagés : l’État, Valenciennes Métropole, la Région, le Département, les 18 communes concernées par la politique de la ville et 18 partenaires institutionnels. »

Cultiver le lien social | Valenciennes Métropole (valenciennes-metropole.fr)

Moteur indispensable au territoire, la volonté de Valenciennes Métropole doit servir d’exemple pour encourager d’autres acteurs à agir eux aussi, afin de contribuer à la réduction des écarts de développement entre les quartiers. Et de fait, une multitude d’initiatives se dévoile à qui veut bien les traquer : associations, institutions, bénévoles, économies circulaire, contributive, sociale et solidaire… Sans oublier les nouvelles manières de s’engager qui fleurissent sur internet.

A Le Quesnoy, des bénévoles s’organisent pour livrer leurs courses aux aînés ; au centre social Dutemple de Valenciennes, on vient de créer une chaîne Youtube pour rester proches des usagers « s’ils ne peuvent venir à nous alors, c’est nous qui devons aller à eux » ; des jeunes se mobilisent pour aider les sans-abri à Denain… Il suffit de regarder autour de nous pour palper cette résistance, saisir cette humanité.

Allons encore un peu plus loin : sur les terres convalescentes des Hauts de France, la fibre sociale s’exprime parfois en filigranes dans notre rapport au territoire, comme c’est le cas à l’ESAD Valenciennes. A travers des travaux successifs, comme le « Design social : les nouvelles formes de convivialité » (2014) jusqu’au « construire la biorégion : design situé, savoirs partagés et territoires soutenables » de 2019 (suivi d’un ouvrage collectif « Design des territoires : l’enseignement de la biorégion », paru en septembre 2020), l’ESAD s’interroge sur une biorégion urbaine en voie de métropolisation et les implications qu’implique ce choix de développement territorial, en matière de design écosocial… Une vision particulière, visionnaire et audacieuse, qui vient bousculer nos certitudes et nous inviter à réfléchir différemment.

https://www.esad-valenciennes.fr/menu/11-design_social

Le projet social est un prisme qui peut s’appliquer dans beaucoup de domaines et de plus en plus, les frontières sont poreuses entre les secteurs d’activité, comme on vient de le voir entre design et social.

C’est d’autant plus vrai dans le Valenciennois, qui prône la collaboration en mode « écosystème » pour ses Pôles d’Excellence et convie à la table de nombreux acteurs du territoire ; ce que nous avons vu il y a quelques semaines dans les interviews de Stéphane Meuric de Transalley ou de Delphine Coffart sur la transformation. Travailler ensemble, c’est oser gommer les barrières pour s’écouter sans œillères et trouver de nouveaux fonctionnements communs.

Toujours, l’innovation sociale devient une innovation territoriale.


Imaginez un EPAHD qui lance un projet de poulailler, pour amener la campagne à la ville, réduire les déchets alimentaires, avoir des animaux sur place et favoriser le brassage des populations, de générations et des cultures…

« Préparé en amont sur plus d'un an de façon collégiale et regroupant des représentants de résidents, de salariés, des familles intéressées, le poulailler est construit par un club de prévention dans le cadre d'un chantier d'été… Un moment fort tout au long duquel les jeunes ont pris beaucoup de plaisir à passer du temps avec les anciens, qui les encourageaient et partageaient le repas avec eux. « On a voulu créer de l'animation autour de ce poulailler, d'où l'atelier « p'luche de légume ». Les oeufs deviennent également le prétexte d'animation

pédagogique. « S’ils ne vont pas être cuisinés en restauration collective, (en respect

du cadre réglementaire) par contre, ils sont utilisés dans une vocation thérapeutique,

cuisinés par les résidents et encadrés par du personnel. Les 6 poules ne suffisent pas à absorber tous les déchets sur l’année, ce qui conduit la direction à réfléchir sur le développement d'un autre moyen d'absorber les déchets organiques. Surtout que, pour la directrice, avant d'engager la démarche, « c’était insupportable de voir le niveau de gâchis alimentaire dans la maison de retraite ». Alors, « dans la foulée, les cuistots ont participé à une formation anti-gaspi et très vite, on a réduit nos poubelles. On a installé des bacs à

compost et ensuite, la filière tri s'est développée ».

A la résidence, cet enjeu écologique et responsable se double d'un nouveau prétexte

de convivialité débouchant sur l'ouverture vers l'extérieur. Le choix est fait d'ouvrir une

plate-forme de compostage à l'échelle du quartier. »

(« L’écologisation du travail social » Dominique GrandGeorges, à paraître aux éditions de l’Harmattan).


Le social redynamise le tissu humain d’un territoire. Il retisse du lien. Déborde de son cadre pour aller gonfler les veines de notre société d’enthousiasme et de convivialité, d’empathie et de sens du partage…

On nous annonce que 2021 sera difficile, que l’économie connaîtra une récession…

Mais.

Mais, si l’on observe autour de nous, le tableau n’est peut-être pas aussi sombre que l’on croit.

Et au-delà de la dynamique du social, l’économie envoie des signes encourageants.

Les entreprises françaises ont compris l’intérêt de relocaliser leurs sites de production au pays : 860 millions seront investis prochainement par des PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire, soit entre 250 et 4 999 salariés, avec un chiffre d'affaires inférieur à 1,5 milliard d’€) dans ce but. Quant au budget qui vient d’être voté par le Conseil Régional il y a quelques jours, il prévoit plus de 685 millions d’€ pour la formation et la relation avec les entreprises, un soutien particulier à l’apprentissage et l’artisanat, avec 68 millions d’€ de dotation et un effort particulier pour préserver le pouvoir d’achat des ménages… Sans oublier les territoires.

Un budget 2020 pour l’emploi, le pouvoir d’achat et le développement de nos territoires - Région Hauts-de-France


Alors, même si le spectre d’une récession mondiale s’agite en coulisses, attendant impatiemment de gâcher la fête d’une nouvelle année et d’un nouvel espoir, exigeant de nous un nouvel effort pour atteindre la reprise tant espérée (celle de la prospérité comme celle de nos libertés et de nos rapports humains retrouvés), nous n’avons plus peur des remises en question ; nous nous y sommes faits, tout au long du travail de résilience dont notre région avait besoin…

Si nous vivons dans un territoire qui équilibre ses efforts autant vers les secteurs les plus innovants, que les petites entreprises, les artisans et les commerçants ou que vers les publics les plus défavorisés, nous avons tout pour faire face.

(photos : pexels/pixabay, voie d'avenir, pexels/cottonbro)

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